Le bonheur est dans la presse !
Claudie Damour-Terrasson*
Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse, dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise... La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées * , tous les lecteurs ont souligné d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifique en langue française et sa place dans leur formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans la presse médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation à un congrès [73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
Le sensationnel, l’événementiel, le spectaculaire ont chassé des esprits la pratique ordinaire, celle qui fait notre quotidien et qui est aussi celle du plus grand nombre (49 éditeurs, responsables de plus de 400 publications, partagent une même exigence et se reconnaissent dans un syndicat, le SPEPS, pour diffuser annuellement quelque 30 millions d’exemplaires de journaux ou de revues). Ce premier éditorial de l’année me donne la possibilité de mettre en exergue les valeurs que nous défendons.
Contrairement à une idée reçue, la presse des professions de santé, dans toutes ses missions (informer, former, débattre et publier des travaux de recherche) est extrêmement réglementée (règles édictées par la Commission paritaire des publications et agences de presse [CPPAP], la Poste, les impôts, l’Afssaps [rebaptisée ANSM], l’Union des annonceurs [UDA], le SPEPS, la convention des journalistes...). À ce titre, en 2011, la Haute Autorité de santé a mis en place une commission d’observation et de consultation afin de recenser les critères de qualité de la presse médicale. Le SPEPS y participe et mène une réflexion active sur le sujet.
La presse santé n’est pas un métier comme les autres : elle fédère des hommes et des femmes de passion, reflète la vie de la profession et représente toutes les communautés scientifiques (parfois isolées), crée des liens, favorise les échanges, suscite des débats sur la pratique et contribue à l’amélioration de la connaissance. Elle est aujourd’hui l’outil incontournable de la formation continue. Elle accompagne la prise en charge des patients, relaie les découvertes scientifiques, les révolutions technologiques ainsi que les avancées thérapeutiques.
Ambassadrice, sur la scène internationale, d’un savoirfaire spécifique, la presse de la médecine médicale en langue française aimerait, à l’instar de ses soeurs mathématiques et physiques, bénéficier d’une aura au-delà de nos frontières. Auteurs, éditeurs, acteurs de la santé, nous devons tous nous battre pour lui permettre de vivre et faire reconnaître ses valeurs !
Ainsi, je suis fière que notre groupe de presse affiche sa charte éditoriale, tel un manifeste, dans les premières pages de cette publication. La qualité et l’autonomie de nos écrits sont garanties par un comité de rédaction , représentatif de la profession, qui se réunit régulièrement pour débattre et décider du contenu éditorial de la revue, un comité de lecture en double aveugle qui veille au respect de nos exigences, sans oublier un pôle de rédaction/révision dédié à la rigueur éditoriale et à l’exactitude de nos références scientifiques.
Le saviez-vous ? La structure économique des sociétés de presse s’est totalement transformée ces 10 dernières années. D’une presse florissante, investie de manière forte, voire majoritaire, par les annonceurs publicitaires, nous avons dû étudier un nouveau modèle économique pour perdurer (désormais moins de 20 % de nos recettes sont générés par la publicité). Les tirés à part (TAP) sont aujourd’hui devenus rarissimes (proches de 0 % de notre CA). La loi dite “anticadeaux” nous a contraints à réduire massivement l’édition de nos ouvrages scientifiques (aujourd’hui 1 % du CA). La révolution numérique nous a également valu de développer de nouvelles compétences. Aujourd’hui, pour des raisons d’autonomie et d’autoévaluation de notre pertinence, nous comptons plus que jamais sur les abonnements (de 19 à 80 % de nos revenus selon les titres). Notre implication sur les congrès internationaux et le relais sous toutes ses formes, en région, de l’information analysée par nos experts (e-journaux, éditions vidéo, suppléments) continuent de représenter une valeur forte d’Edimark. Les projets menés conjointement avec les sociétés savantes et les associations scientifiques poursuivent leur progression.
La place des annonceurs fait couler beaucoup d’encre. Trop sans doute. C’est en effet faire peu de cas des nombreux contrôles et règles mis en place par nos institutions pour garantir l’autonomie de la presse. Je souhaite souligner que l’achat des espaces publicitaires est géré majoritairement par des centrales. Ce mode de fonctionnement, valable pour toute la presse, exclut une transaction directe entre les éditeurs et les industriels et assure une séparation franche et nette entre l’achat d’espace et le contenu spécifique d’un numéro.
Contre vents et marées, nous sommes heureux de continuer à défendre les valeurs de notre profession. Passionnés, nous sommes prêts à réinventer la presse pour répondre toujours mieux à vos attentes, valoriser la spécificité francophone (mal représentée dans les bases de données internationales et les logiciels qui font aujourd’hui référence), favoriser les échanges intellectuels (réunions, rubriques “Tribune”, “Aparté”, “Pour et contre”, “Courrier des lecteurs” que nous vous invitons à faire vôtres). Pour que perdure la presse que vous aimez et que nous aimons, participez et adhérez à notre presse payante et vivons ensemble une très belle année 2012 !
Que le bonheur soit dans la presse !
Bien fidèlement,
*Présidente et directrice de la publication, au nom de toute l’équipe
* Dean BD, Lévy D, Teitelbaum J, Allemand H. Médecins et pratiques médicales en France 1967-1977-2007. Les lectures médicales et les moyens de formation permanente. Cah Sociol Demogr Med 2008;48(4):459-567.
ACR 2011 : quels sont les “coups de coeur” ?
ACR 2011: the pick of the bunch
Jean Sibilia*
Difficile de répondre à cette question, car l’enthousiasme de la découverte rend les choix difficiles !
Il y a cependant plusieurs pistes.
➤ Le puzzle de la polyarthrite rhumatoïde se complète ! Le rôle d’agents exogènes multiples (polluants, pesticides, tabac, germes orodigestifs, etc.) se dégage. La triangulation entre un terrain génétique prédisposant (HLA-DPB1), des agents exogènes citrullinants (tabac, Porphyromonas gingivalis, etc.) et l’apparition d’autoanticorps pathogènes (ACPA) estfascinante et unique en pathologie humaine !
➤ Les nouvelles thérapeutiques et les nouvelles molécules inhibitrices
des kinases (administrées per os) ouvrent de belles perspectives, mais il est nécessaire de bien maîtriser cette stratégie. Ainsi, la place du méthotrexate et des corticoïdes à faible dose se précise, démontrant que ces traitements classiques méritent encore d’être utilisés à l’ère des biothérapies.
➤ Les lésions osseuses des spondylarthrites restent un mystère ! Quelle est l’origine des ostéophytes ? Quel est l’eff et des traitements ? Vous découvrirez que l’histoire n’est pas fi nie et que nous n’avons pas encore compris certains phénomènes élémentaires.
➤ Le renouveau des microcristaux se concrétise, mais d’autres pathologies telle l’arthrose restent les“parents pauvres”, avec peu d’innovations malgré de nombreux travaux. Ainsi, on peut regretter l’échec du tanézumab (anticorps antimonoclonal anti-NGF), dont le développement dans les arthroses des membres a dû être interrompu malgré une effi cacité antalgique majeure, car ce médicament entraînait l’apparition d’arthropathies destructrices. Ces observations posent des questions intéressantes, mais cela reste néanmoins une déception.
➤ Les maladies auto-immunes systémiques sont toujours un sujet d’intérêt majeur à l’ACR… Peut-être encore un peu plus depuis 2 ou 3ans ! Ainsi, des maladies rares telles que le syndrome de Shulman suscitent toujours des travaux de recherche, mais on découvre encore de nouvelles maladies comme le MOLPS (Multi-Organ LymphoProliferative Syndrome) caractérisé par un excès polyclonal d’hyper-IgG4. Cette entité passionnante mérite que l’on s’y intéresse, car elle explique peut-être des manifestations cliniques rares, comme certaines fi broses rétropéritonéales.
Quelle que soit votre “sensibilité rhumatologique”, vous trouverez votre bonheur dans cette compilation des points forts de l’ACR 2011. Nous sommes heureux de partager avec vous depuis tant d’années les découvertes présentées lors de ce congrès et souhaitons pouvoir continuer encore longtemps à le faire. Passez une magnifi que année 2012 pleine d’enthousiasme, d’émerveillement et de sérénité.
* Service de rhumatologie, hôpital de Hautepierre, CHU de Strasbourg.